L’association La Voix des Survivant(e)s s’est réunie le 23 avril à Mersch à l’occasion de son assemblée générale ordinaire pour présenter le rapport d’activités d’une année 2025 marquée par la présentation à la Chambre des députés de ses 57 « propositions de réforme pour mieux lutter contre les violences fondées sur le genre et leur impact sur les enfants co-victimes ».
La présidente, Ana Pinto, s’est félicitée que ce texte a déjà permis de faire bouger les lignes. Autre signe que les mentalités évoluent : le Conseil communal de Mersch, saisi par l’association, a accepté de changer le nom de la rue où est domicilié le Kannerduerf afin qu’il ne porte plus celui d’un homme poursuivi pour viol.
Ana Pinto a exprimé sa gratitude envers tous ceux qui se mobilisent aux côtés de LVDS, que ce soit par leurs cotisations, leurs dons ou leur engagement personnel. « C’est un message fort qui dit : on croit en vous, continuez !».
L’association s’est engagée sans compter au sein de différents groupes de travail pour venir en aide aux victimes, mais aussi poursuivre des actions de prévention et de sensibilisation contre les violences sexuelles, sexistes, physiques et psychiques.
« Au fil des mois, notre association a grandi pas seulement en nombre mais aussi en force, en solidarité et en détermination», s’est réjouie la Secrétaire, Yvette Challe, avant de passer la parole aux différentes responsables de groupes de travail de LVDS.
Groupe Soutien aux victimes

Le groupe de Soutien aux victimes aide quotidiennement et bénévolement les victimes qui contactent LVDS via l’adresse mail (lvds.lux@gmail.com) ou les réseaux sociaux. Annette Michels, membre du comité et responsable de ce groupe, a expliqué qu’il s’agit le plus souvent de femmes victimes de violence domestique, dont beaucoup ont souffert de contrôle coercitif. Elles expriment de manière récurrente leur peur de perdre leurs enfants ainsi que leur difficulté à se loger. Des jeunes filles victimes de violence sexuelle ou d’abus dans leur famille ont également fait appel à l’association pour tenter de se sortir de crises aiguës.
Les violences n’épargnent pas les hommes et quelques-uns (4% des demandes) ont trouvé le chemin de l’association. Ils souffraient à chaque fois des conséquences de viol ou d’inceste dans l’enfance.
Le groupe de soutien oriente les victimes vers les professionnels compétents, en fonction des situations particulières. L’aide est aussi morale, avec parfois un accompagnement sur le long terme.
«Si on parle de violence dans les familles, on pense souvent que cela n’arrive que dans les familles défavorisées ou d’origine étrangère. Or toutes les jeunes que j’accompagne sont Luxembourgeoises, ont des parents de statut très aisé, ils sont même parfois très riches. Ils exercent la profession de directeur, avocat, fonctionnaire, etc. Chacune de ces jeunes n’a pas été crue dans son enfance ou sa jeunesse quand elle a osé parlé de ses souffrances», a déploré Annette Michels.
On notera que le Fonds d’Aide Nouveau Départ de LVDS, doté de 15.000 euros, a permis d’aider quatre femmes et un homme victimes de violence domestique en 2025. Ce fonds est activé soit directement par LVDS, qui identifie de potentiels bénéficiaires, soit en collaboration avec des foyers qui accueillent des victimes en phase de reconstruction.
Groupe Justice
« Rendre le droit accessible, protecteur et effectif pour les survivantes et survivants de violence, tout en contribuant à une évolution structurelle des pratiques judiciaires », tel est l’objectif constant du groupe Justice, a expliqué Stéphanie Makoumbou, avocate et membre du comité de LVDS.
Elle a accompagné de nombreuses personnes victimes de violences sexuelles, sexistes et/ou domestiques à différentes étapes de leur parcours judiciaire, par exemple en vue d’un dépôt de plainte ou pour tenter de débloquer une procédure qui n’avance pas. « Souvent, les victimes ne connaissent pas leurs droits. Il est important de les en informer afin qu’elles les utilisent », observe-t-elle. Elle a cité l’exemple d’une personne dont le conjoint était violent et qui affirmait avoir le droit de revenir dans la maison de la victime. Celle-ci ne savait pas si elle avait le droit ou pas de lui refuser l’accès».

L’un des temps forts du groupe Justice en 2025 a été la présentation des 57 propositions de réforme à la Chambre des députés, le 2 juillet. « Je pense que les députés et les ministres présents ont pris conscience qu’on était sérieux dans notre démarche et qu’on avait soulevé des points sur lesquels il fallait agir. C’est la raison pour laquelle ils se sont engagés à discuter de nos propositions dans les différentes Commissions parlementaires compétentes ».
Il a fallu attendre le 13 avril 2026 pour que certaines propositions soient discutées devant la Commission de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble, de l’Accueil, de l’Égalité des genres et de la Diversité. Une autre discussion devrait avoir lieu devant la Commission de la Justice mais la date n’est pas encore connue.
L’association se félicite d’avoir déjà réussi à faire bouger certaines lignes : le sursis doit désormais être motivé pour être appliqué en matière pénale ; le Centre National pour Victimes de Violence sera ouvert 24h/7 à partir du 1er mai ; le Conseil de gouvernement a voté un projet de loi introduisant la pénalisation du contrôle coercitif ; des initiatives se mettent en place pour mieux former les policiers. « Nous regrettons le rejet de notre demande de création d’un Tribunal spécialisé mais nous allons poursuivre la discussion pour avoir des policiers et magistrats spécialisés sur les affaires de violences sexuelles et sexistes le cas échéant au sein d’une Chambre spécialisée».
LVDS souhaite aussi se pencher plus en profondeur sur la question de la protection des enfants, « un chantier sur lequel il y a énormément à faire ».
Groupe Prévention et Sensibilisation
Les dégâts provoqués par les violences sexuelles, sexistes, physiques et psychiques sont tels qu’il faut tout faire pour empêcher qu’elles ne se produisent. C’est pourquoi l’association a poursuivi en 2025 ses actions de prévention et de sensibilisation, en particulier auprès des jeunes. LVDS a participé à 10 interventions dans des lycées et été invitée à 31 tables-rondes ou conférences.
« Dans chaque classe où on va, il y a au moins un enfant qui nous dit qu’il a été abusé sexuellement par un parent, un ami de la famille ou un collègue de l’école. Souvent, ces enfants n’en ont encore parlé à personne. Pourquoi nous parlent-ils à nous ? Parce que le fait de leur partager notre propre histoire lève les barrières », a expliqué Ana Pinto.

Annette Michels a accompagné quatre travaux pédagogiques de lycéens en lien avec les violences sexuelles et sexistes. «L’une des classes a présenté son projet devant 200 élèves. Cela a eu un fort impact auprès des jeunes !». Elle aimerait que davantage de lycées participent à ces séances de sensibilisation.
Quelques jours avant la présentation des 57 propositions de réforme à la Chambre des députés, LVDS a voulu mettre en lumière la problématique du contrôle coercitif, au cœur de la violence domestique. L’association a fait venir au Luxembourg pour une conférence la spécialiste française du sujet, Andreea Gruev Vintila.
L’association a également invité Christel Petitcollin à tenir une conférence sur le thème: «Agressions sexuelles : comment se reconstruire?» pour l’ouverture de la Orange Week, au mois de novembre.
Par ailleurs, l’exposition itinérante BRISONS LE SILENCE a poursuivi sa route dans le pays. En 2025, elle a été accrochée au Centre Hospitalier du Nord à Ettelbrück, à la Chambre des Salariés Luxembourg et au Centre Hospitalier Emile Mayrisch à Esch-sur-Alzette. Elle était présentée devant la Chambre des députés le 2 juillet.
Depuis le début de l’année, elle a été accueillie au Centre Hospitalier et à la Maternité de Luxembourg, puis au Centre City Concorde de Bertrange. Elle sera à voir au mois de mai sur la passerelle de la gare de Luxembourg.
Groupe Communication
L’association utilise différents outils pour faire entendre plus largement La Voix des Survivant(e)s et contribuer à briser le silence.
Cela passe tout d’abord par le site internet, vitrine des activités de l’association. La responsable du Groupe Communication et vice-présidente de l’association, Marie-Laure Rolland, a indiqué que dix communiqués ont été publiés sur le site internet en 2025, dont quatre prises de position sur des affaires publiques. Dix-sept newsletters ont été envoyées à 855 abonnés, un chiffre en progression constante.
La forte croissance des réseaux sociaux de l’association a permis d’élargir son audience à un plus large public. Le compte Facebook de LVDS compte 2028 followers, Instagram 804 et Linkedin 559.
La presse est également un relai important pour donner une visibilité aux activités de l’association. LVDS est désormais reconnue comme un interlocuteur de référence pour la presse sur les questions des violences sexuelles et sexistes dans le pays. Au moins 43 articles ont fait mention de LVDS dans la presse luxembourgeoise en 2025. On aura en particulier noté la très forte couverture médiatique des 57 Propositions de réforme, pour lesquelles les télévisions Saarländischer Rundfunk et Arte ont fait le déplacement au Luxembourg.

Les projets pour 2026
Avec plus de 100 membres inscrits depuis sa création et de nombreux donateurs, l’association a présenté un résultat de l’exercice 2025 bénéficiaire qui lui permet d’envisager sereinement la suite de ses projets en 2026. Les comptes ont été présentés par la trésorière Jailza Dos Santos et révisés par Paul Grosber, qui a obtenu le quitus de l’assemblée.
Un groupe de parole va être relancé dans les prochaines semaines et un cours de krav-maga sera proposé au mois de septembre pour les membres.
L’association est associée au projet de l’Okaju de créer un violentomètre pour les enfants et les adolescents. Celui-ci devrait être prêt pour la prochaine rentrée scolaire.
Last but not least, l’association développe actuellement un ambitieux projet d’auto-édition d’une bande dessinée documentaire. A côté des deux campagnes de témoignages vidéos I’M POSSIBLE (2021 et 2023) et de l’exposition BRISONS LE SILENCE (2024), ce sera un nouvel outil pour briser le silence autour des violences sexistes et sexuelles au Luxembourg. Cette BD sera utilisée lors des séances de prévention dans les lycées ainsi que lors de séances de sensibilisation pour le grand public.
Elle racontera l’histoire collective de l’association et laissera aussi un espace aux récits intimes des survivant·e·s pour témoigner d’un mouvement de libération de la parole au Luxembourg fait d’élans, de résistances, de questionnements.
La BD sera co-écrite par le dessinateur français Jérémie Dres et la vice-présidente de LVDS Marie-Laure Rolland. La publication est prévue en novembre 2027.
Ce projet très ambitieux va mobiliser l’association sur le long terme. LVDS est en train de collecter des fonds pour boucler le budget et a déjà obtenu le soutien très important, à hauteur de 18.000 euros, des donateurs de l’ « Action Roses » du Rotary Club Luxembourg Schuman.

